Pensées sombres du dimanche soir… sur la nature humaine

« Aimer son prochain comme soi-même, la petite phrase que l’on m’a inculquée dès mon plus jeune âge continue à me transpercer la cervelle, litanie stupide, précepte dérisoire. Personne n’aime personne. On n’aime que soi. On joue la comédie pour que la cohabitation soit tolérable, on invite à la haine qui nous dévore des excuses grandioses. Je te détruis parce que mon dieu me l’a ordonné, je te trucide parce que tu vis sur mon territoire sacré. Moi au moins, j’ai l’honnêteté de ne plus chercher de vains prétextes. Le moustique qui me bourdonne aux oreilles me dérange ? J’aplatis le moustique. C’est pourtant une créature de Dieu, le moustique, non ? Grande vanité de l’être humain de se croire supérieur au moustique ! J’aplatirai donc sans scrupule l’humain si sa présence à mes côtés me gêne. C’était bien ça, le déclencheur quand j’ai tapé sur le crâne de ma cousine Marguerite avec la bouteille. Inutile d’ergoter. La différence notable est que j’éprouve plus de plaisir à la mort d’un de mes semblables qu’à celle du moustique… »

In Un coin tranquille pour mourir d’Yvonne Besson

« Un anthropologiste qui était allé étudier les Pygmées constata avec stupeur que les tribus qui vivaient alentour le dédaignaient et le tenaient à l’écart, parce qu’il frayait avec une peuplade inférieure, les Pygmées étant à leurs yeux des gens de rien, des « chiens », indignes d’éveiller le moindre intérêt.
Il n’y a pas plus exclusiviste qu’un instinct vigoureux, inentamé. Une communauté se consolide dans la mesure où elle est inhumaine, où elle sait exclure… Les « Primitifs » y excellent. Ce ne sont pas eux, ce sont les « civilisés » qui ont inventé la tolérance, et ils périront par elle. Pourquoi l’ont-ils inventée ? Parce qu’ils étaient en train de périr… Ce n’est pas la tolérance qui les a affaiblis, c’est leur faiblesse, c’est leur vitalité déficiente qui les a rendus tolérants ».

In Ebauche de vertige de E.M.Cioran


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