Absolument dé-bor-dée – Le paradoxe du fonctionnaire de Zoé Shépard

Il existe de nombreux ouvrages qui ridiculisent l’administration. Les mêmes idées pourraient être aussi étendues au secteur privé. Les sociologues des organisations y trouveraient de nombreux terrains d’étude.

Zoe Shepard (nom d’emprunt) est chargé de mission dans une collectivité territoriale. Son ouvrage décrit une année d’activité dans cette administration au service des relations internationales. Elle y évoque son ambition du service public après le passage par une haute école de l’administration et les concours. Elle aborde sa désintégration fantasque dans son service où elle est affectée.

Elle se rend compte très vite que son service est « un univers impitoyable » où règne la stupidité et le « ne rien faire ». Pour être le mieux noté, mieux vaut ne pas se stresser : une note (une semaine), des conversions (des soucis avec la règle de trois), des instructions jamais comprises et à récupérer à la dernière minute. Tous les gens minutieux ou consciencieux connaissent…

Elle dénonce les frasques et les absurdités de son employeur en brisant l’omerta ce qui vaudra à l’auteur une mise à pieds, fait rarissime pour un fonctionnaire. Faisant appel, sa peine sera commuée en une simple suspension, tout de même…

Pierres Desproges sur scène (1985)

Pierres Desproges sur scène (1985)

Deux passages m’ont impressionné dans ce journal : la location entre collègues de monospace au meilleur tarif pour coucher avec tel ou telle collègue et une citation empruntée à Pierre Desproges relative à la nouvelle année que je reprends intégralement ici : « Qu’est ce que le 1er janvier, sinon le jour honni entre tous où des brasssées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise… Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement l’annonce de mon répondeur téléphonique. Au lieu de « Bonne année à tous », j’ai mis « Bonne année, mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent cela vulgaire » in Chronique de la haine ordinaire.

Je trouve que cette dernière citation résume l’esprit du livre : sobre, direct sans aucune hypocrisie. Je ne sais pas si ce journal était l’exutoire de l’auteur ou si au bout du compte elle est partie en Afrique construire une école. Mais ce pamphlet fait du bien car nous sommes tous confrontés à des situations similaires (aussi bien dans le privé que dans le public) et ce livre défoule allègrement et fait ressortir, je le pense, tout ce que l’on voudrait dire parfois à ses collaborateurs malgré une inhibition de bon sens.

Bref, un moment cynique et très drôle dans la « sinistrose ambiance » de nos vies professionnelles. A lire vite…


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