De la lecture imprimée à la lecture tapuscrite ou numérique

Le web a introduit une révolution dans les usages. Si certains demeurent encore attachés au papier pour leur relation avec le support physique ou la seule beauté de l’objet, la dématérialisation a permis de démultiplier les supports de lecture et donc a bouleversé les usages de la lecture. Feu Steve Jobs avait déjà eu une révélation à ce sujet en obtenant une copie numérique de l’intégralité des œuvres de Shakespeare établie une par une université anglaise et surtout le droit d’utiliser cette version en l’implémentant dans chaque ordinateur MAC dans les années 80 moyennant rétribution sur chaque machine vendue à l’université qui avait numérisé les œuvres (In Steve Jobs de Walter Isaacson).

J’ai donc, malgré les nombreux sites et blogs traitant de la question, décidé de parler dans ce billet de mon rapport à la lecture et surtout des nouveaux usages effectifs que j’entretiens avec le livre et désormais les livrels (contraction de Livres Électroniques : merci les québécois).

Il me paraît bon de décrire brièvement mon rapport à la lecture. Je dois avouer que la lecture dans ma jeunesse ne fut pas mon fort. En raison d’absence de facultés d’abstraction (notamment la possibilité de « mentaliser » des histoires à partir de textes imprimés donc sans images), j’ai dévoré durant mon adolescence des tonnes et des tonnes de bandes dessinées. C’est cet apport qui a nourri d’ailleurs notamment ma culture générale grâces à des séries historiques : les albums d’Alix de Jacques Martin (pour le scénario et le dessin) et Vasco de Gilles Chaillet (pour le scénario). En grandissant et la maturité se faisant, la joie de se projeter est venue et alors l’allégresse de la lecture a pris son envol.

Le premier point consiste donc à récupérer des livres. Sans livres, point de lecture. Ces livres sont souvent accessibles car ils appartiennent au domaine public, sont libres de droits ou éventuellement gratuits (attention ! Ce n’est pas la même chose : les premiers voient leurs astreintes aux droits patrimoniaux révolues, les seconds sont soumis aux droits d’auteur (moraux et patrimoniaux) même si le prix fixé pour leur obtention est nul, spécificité du droit d’auteur français) .

Étant un être nomade et souvent connecté (je n’ai pas de connexion Facebook ouverte en permanence), la multiplication des supports et l’adoption d’un format standard (le .epub) pour les livrels a rendu la lecture numérique plus aisée et surtout interopérable d’un dispositif à un autre. Cela n’a pas toujours été le cas. Mais il ne faut pas résumer la lecture « tapuscrite » à la seule lecture sur des terminaux mobiles. La lecture à l’écran d’un ordinateur constitue en soi déjà une forme de lecture numérique.

Avant l’adoption du format standard évoqué ci-dessus, mes pérégrinations télématiques m’ont fait comprendre que les premiers formats des livrels étaient des .doc, .txt, .rtf ou pdf (le format propriétaire d’Adobe Systems considéré comme le plus interopérable). Citons ainsi et sans être exhaustif les bibliothèques électroniques suivantes ou les projets suivants :

Pour de plus amples bibliothèques, une liste est accessible depuis mon wiki de liens et sa section « ebooks and co ».

Il faut donc pour lire un livrel au minimum un ordinateur  avec un système d’exploitation et des logiciels pour visionner les fichiers. Pour les fichiers .txt, .rtf et/ou .doc, une suite bureautique comme Libre Office peut faire l’affaire. Cette suite est accessible sur tous les systèmes d’exploitation du marché : propriétaire ou pas. Pour les fichiers pdf, un logiciel libre tel Okular peut faire l’affaire. La lecture de fichiers .pdf est native sous Mac OS.

PalmOne-Lifedrive

PalmOne-Lifedrive

Par la suite sont intervenus les premiers terminaux mobiles comme le Palm (fabricant de produits du même nom) et le Pocket PC. N’ayant pas connu le premier, je parlerai du second. J’ai eu le plaisir de manipuler deux Pocket PC fabriqués par Asus fonctionnant sous Windows CE (le portage de Windows sur ces terminaux) tout en y implémentant différents logiciels de lecture car les fichiers disponibles en livrels possèdaient des formats divers comme le le .lit de Microsoft pour Microsoft Reader.

La plus belle performance (certes qui ne représente aucun intérêt au sens pratique) fut la lecture de Dracula de Bram Stocker au format .txt sur Game Boy Advance SP en flashant le système d’exploitation de la machine pour émuler les fichiers txt (pouvoir jouer et lire en même temps sur le même terminal, quel plaisir!).

Deux écoles s’affrontent pour la lecture d’ouvrages numériques sur les terminaux

Asus Mypal 620BT
Asus Mypal 620BT

mobiles : l’usage de tablette numérique avec un écran rétroéclairé ou l’usage de liseuses numériques simulant un livre papier avec l’encre e-link. Dans le premier cas, la tablette n’est pas seulement destiné à la lecture de livrels mais peut assumer toutes les activités multimédia classiques et la navigation sur le web. La seconde nature de terminaux est elle destinée à la lecture seule. La technologie e-link ou familièrement « encre numérique » permet une autonomie nettement plus accrue. Comparée à une technologie fondée sur des cristaux liquides, le e-link se base sur un écran assemblant des billes à deux faces (blanc et noir) se retournant à la lecture des balises contenues dans le fichier .epub (un xml dérivé). Cette astuce permet de pas utiliser d’énergie à l’inverse des cristaux liquides qui s’allument et s’éteignent et donc sont plus gourmands en énergie. Dans ce secteur, les fabricants les plus connus sont Amazon avec son Kindle (et ses dérivés),  Sony, Kobo, et  dédicace spéciale au « Made In France » au fabricant français Bookeen et ses gammes de produits (Odyssey, Orizon et Opus). Les premières liseuses ne contenaient pas de connexion comme le wifi et/ou la 3G. Les nouvelles liseuses intègrent désormais ces technologies et permettent en situation de mobilité d’accéder à des bibliothèques en ligne (souvent liées à des vendeurs d’ouvrages en ligne), de télécharger des ouvrages gratuits ou d’accéder aux bibliothèques numériques évoquées plus haut. Il est possible également d’ajouter ses propres bibliothèques en ligne si ces dernières offrent aux usagers les services du protocole ODPS (ce dernier permet d’obtenir ainsi les derniers ouvrages ajoutés, les plus vus, les plus lus, un tri par catégories, etc.).

Concernant les tablettes, la lecture native des livrels n’est pas opérante. Deux systèmes d’exploitation se partagent le gâteau en ce qui concerne les tablettes : Ios d’Apple (système propriétaire de la firme à la pomme) pour Ipads et consorts et Androïd (système propriétaire toutefois libre (Android est un dérivé de Linux allant plus dans la philosophie de l’Open Source que du « logiciel libre » au sens de la Free Sofware Fondation) par Google pour les autres terminaux d’autres fabricants.

Logo du système Android

Logo du système Android

Pour lire des livrels, comme indiqué plus haut, des logiciels de visualisation sont nécessaires. Nous passerons sur la multiplicité des logiciels existants pour lire des livrels sur un ordinateur. Il existe autant de logiciels spécifiques que de formats existants de livrels comme il existe des logiciels pouvant lire plusieurs formats à la fois. Trois autres données sont à intégrer pour le choix d’un logiciel:

  • le caractère libre, gratuit ou payant du logiciel de lecture (la majorité reste gratuit),
  • le système d’exploitation devant accueillir le logiciel (Windows, Mac OS, Linux, etc.). Tous les logiciels ne sont pas systématiquement porté sur tous les systèmes d’exploitation,
  • le choix des formats supportés.

Personnellement, j’utilise le logiciel de gestion de livrels : Calibre. Ce dernier crée une base de données des livrels contenus sur votre support en les indexant à partir des métadonnées contenues dans les livrels (auteur, titre, genre, etc.). Le logiciel est libre, est porté sur tous les OS existants (il existe même une version mobile pouvant être installé sur un support amovible, les livrels devant être sur le même support naturellement). Pour compléter ce bref descriptif, je vous invite à vous rendre sur la page officielle du projet pour découvrir ce logiciel. En complément de Calibre, j’utilise un second logiciel écrit en Java (donc interopérable sur tous les systèmes) se nommant Calibre2OPDS. Ce dernier permet d’exporter le contenu de sa base de données de livrels gérée par Calibre en utilisant les métadonnées pour créer un catalogue html ou OPDS des livrels existants sur le disque de la machine et de transférer sur un serveur distant (catalogue et fichiers à discrétion de l’utilisateur…).

Sur les supports mobiles, le plus simple est de traiter la question des logiciels de lecture sur Ios. Outre le fait qu’une fois dans l’écosystème d’Apple, il faut nécessairement passer par Itunes pour pouvoir transférer tout type de fichier dont les livrels. Cela contraint l’utilisateur à posséder un ordinateur avec Windows ou Mac OS. J’atténuerai toutefois ce propos en signalant que des développeurs ont créé des alternatives à «  l’écosystème d’Apple » en codant des programmes permettant de s’affranchir d’Itunes. Citons ainsi Yamipod. Pour les logiciels fonctionnant sur Ios, et sans être exhaustif (les commentaires sont les bienvenus), nous pouvons lister les suivants (ceux tout du moins que j’ai manipulés, logiciels gratuits) :

  • Ibook (le logiciel dédié d’Ios dévolu à la lecture de livrels),
  • Stanza (logiciel dédié à la lecture de livrels supportant plusieurs formats),
  • Kindle d’Amazon (logiciel dédié à la lecture de livrels au format propriétaire d’Amazon (le..azw) et directement dédié à sa boutique en ligne).

Il existe naturellement des logiciels payants plus performants.

Sous Android, la question est plus complexe. Naturellement, il existe cette division entre gratuit et payant, le payant offrant plus de fonctionnalités que le gratuit (ou la même chose la publicité en moins…). Il serait intéressant de lister tous les logiciels existants mais d’autres l’ont déjà fait. Je renvoie ici à un article publié sur un blog numérique Booquineo listant une flopée de logiciels dédiés à la lecture numérique sous Android et leurs spécificités. Outre ce premier aspect, l’intérêt d’Android est son caractère «ouvert ». Il est devenu ainsi l’un des systèmes les plus portés sur différents types de dispositifs : téléphone portable, tablette 7 et 10 pouces, etc.

Si nous venons de traiter de la lecture numérique et de ses aspects techniques, il est intéressant de décrire en quelques lignes l’expérience « utilisateur » et ses plus qu’apporte la lecture numérique par rapport à un ouvrage papier. En premier lieu, la lecture d’un ouvrage numérique, et sans être exhaustif, permet :

  • changer la police et la taille de police ,
  • passer d’un ouvrage à un autre et de conserver le dernier ouvrage lu à la page (pour chaque livre ouvert),
  • représenter sa bibliothèque de manière graphique et avoir la possibilité de trier les ouvrages par titre, auteur, etc.
  • ajouter autant de signets que l’on souhaite,
  • possibilité d’opérer toutes les recherches et tous les traitements voulus sur le texte écrit (nombre d’occurrences d’un mot par exemple),
  • chercher la définition d’un mot ou d’une expression directement sur Internet la majorité des appareils étant connectés désormais,
  • faire part de ses découvertes, coups de cœur et/ou coups de gueule avec les fonctions de « partage » vers les réseaux sociaux tels Facebook et/ou Twitter ou des réseaux dédiés comme Babelio.

Personnellement, je voudrai parler de Babelio. J’ai découvert ce réseau social de lecture et/ou de lecteurs car il était interfacé avec le site de la Bibliothèque Municipale de Toulouse. A l’instar des clubs de lecteurs physiques, ces réseaux et Babelio en particulier, assure le prolongement d’une lecture « enrichie » évoquée dans les items ci-dessus. Après création d’un compte (comme tout service web), vous ajoutez les ouvrages que vous avez lus et y publiez vos critiques et notes. Le système, à la manière d’Amazon, vous signale de nouveaux ouvrages selon les principes suivants :

  • vous avez lu ce livre, vous aimerez peut-être,
  • vous avez regardé la bibliothèque de tel lecteur, vous pouvez consulter la bibliothèque de tel autre,
  • vous avez regardé les ouvrages de tel auteur, vous aimerez les ouvrages de celui-ci,
  • Un tel a regardé votre bibliothèque, tel autre lecteur est susceptible de la regarder,
  • etc.

Ces fonctionnalités de recommandations permettent d’étendre le champ des possibles en matière de lecture tout en s’affranchissant des contraintes physique de lieu et de temps. Ces réseaux ont en outre un nombre considérable d’ouvrages dans leur base de données. Le nombre de relations possibles est donc infini, les chemins de lecture et les rencontres de lecteurs également. Dans le monde anglophone, il existe des services similaires à Babelio. Nous pouvons citer : Readmill et Copia.

Une autre pratique émergente à la confluence du numérique et du livre papier est à évoquer : celle du « bookcrossing ». Comment cela fonctionne-il ? Vous lisez un ouvrage. Vous le référencez sur le site et vous le remettez impérativement « en circulation » après sa lecture. Où ? N’importe où : dans un avion, sur une chaise dans une station de métro. Le livre devient alors un bien commun. Tous les livres alors référencés sur un site de bookcrossing appartiennent à une bibliothèque universelle. Le lecteur suivant reprend alors les références du livre et enregistre sur le site le lieu où l’ouvrage a été récupéré. Ainsi, si vous avez des vieux ouvrages chez vous dont vous souhaitez vous débarrasser, inscrivez-les sur un site de bookcrossing et observez le voyage planétaire que le livre accomplit. Vous serez surpris des résultats…  Citons par exemple le site Bookcrossing.com.

Ce billet est donc un panorama de mon expérience personnelle autour du numérique en relation avec le livre, du livre numérique et des dispositifs et logiciels dédiés. Naturellement, ce qui est décrit peut être partial. C’est pour cela que vous êtes invité(e)s à interagir en laissant des commentaires.

Cédric Beucher


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