Le noeud de vipères de François Mauriac

François Mauriac, dans son Nœud de Vipères, nous livre la confession d’un patriarche avar – Louis – d’une famille bourgeoise de la belle époque. Il, à l’aube de sa mort, écrit une confession – un journal intime de sa vie ? - y décrivant tous les stratagèmes pour déshériter ses enfants. L’argent est l’élément catalyseur. Il y est dépeint surtout les relations humaines entre ce vieillard, sa femme et sa descendance.

François Mauriac, avec un style percutant, dépouille de manière acide les sentiments de ses protagonistes : l’avarice de Louis, son machiavélisme et celui de ses enfants, la religion (alibi obligé et garant d’une respectabilité). Il parle de « devoirs » et « d’obligations ». D’autres y verront un refuge face aux difficultés de la vie (abandon, décès, etc.). Le silence où l’amour est oublié au profit d’une vénalité. Ce silence où rien ne se dit : aucun sentiment ne se partage. Et pourtant l’amour se fraye un passage dans le cœur de Louis, ce nœud de vipères, vers un neveu et fils illégitime qui, il l’espère, rachètera la conduite de ses enfants.

La fin du livre montre le revirement de Louis. Ses enfants, Louis et Geneviève, héritent ou plutôt leur père capitule et abandonne la fortune familiale, fruit d’un labeur savamment acquis. Si certains y verraient la grâce tombant comme une auréole sur Louis, ses enfants s’interrogent si cela n’est pas l’ultime stratagème d’un vieillard mourant. La toute fin du livre est un échange de correspondance entre les deux enfants : Louis et Geneviève. Louis découvre la confession intime de son père et l’envoie à sa sœur comme témoignage de la cruauté de son père et de l’image de ces enfants.

Ce roman narre tout simplement l’homme avec ses faiblesses. Dans un roman court, l’auteur nous renvoie notre propre image sans aucune déformation : noire, acide et profondément vraie. Son style m’a transporté et est une invitation à lire son roman d’une traite. J’apprécie cette description sombre de l’homme souvent cachée ou déformée dans nos sociétés (il rejoint la perception d’Emil Cioran sur l’homme) . Il a l’intensité des luttes que l’on peut voir entre des enfants quand des parents disparaissent. L’héritage devient l’élément catalyseur. Les vraies personnalités émergent. Et la nature reprend ses droits !

Le Noeud de Vipères est profondément français, humain et moderne.


Cédric Beucher

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