Verbicide : Du bon usage des cerveaux humains disponibles de Christian Salmon

Veribicide - du bon usage des creveaux humains disponibles

Le temps du récit est révolu, le temps de l’anecdote est venu (après les attentats du 11 septembre 2001). Christian Salmon, dans cet essai Verbicide – du bon usage des cerveaux humains disponibles, édition actualisée paru chez Actes Sud en 2007, présente sa réflexion sur l’introduction du storytelling dans la communication actuelle. Le storytelling est la discipline (ou outil) qui consiste à raconter des histoires ou à transformer tout type de message en histoire. Dans cet ouvrage, il montre comment sa mise en œuvre dans tous les pans de la vie quotidienne du citoyen ordinaire influe et modifie son comportement. Il le démontre par les prismes de la linguistique, de l’organisation et de la construction des messages créés et diffusés par les médias (TV, radio, internet, etc), de la censure subie et construite par l’individu lui-même,  et les politiques culturelles mises en œuvre par les différents échelons de l’état.

Il parle de mise en avant du « je ». Les réseaux sociaux nous facilite d’autant plus la tâche : Facebook, Twitter, Pinterest, Foursquare, Flickr, Instangram, Tumblr, etc. Un concept était apparu ces dernières années : celui du personal branding. Il est fait de soi l’une marque. Concept construit dans un premier temps pour l’univers professionnel (voir à ce sujet l’ouvrage d’Olivier Zara : Réussir sa carrière grâce au personal branding : Gérer son identité et sa réputation professionnelles [1]), il s’étend désormais à la sphère personnelle.

Il démontre que, dans une société où tout s’accélère, le temps consacré à l’abstraction devient nul. L’homme vis à présent dans un monde d’anecdotes immédiates sans la présence du recul symbolique nécessaire pour en percevoir leurs portées. L’individu devient fournisseur de données brutes sans prendre la mesure de ce qu’il diffuse et de la valeur ajoutée de ces données (recul sur ce qui est communiqué). Ce « je » ou le renforcement de notre ego, face à un environnement socio-économique méprisant de plus en plus la personne, répond à cette soif de reconnaissance à laquelle tout à chacun inspire (pyramide de Maslow).

Il aborde également la diminution drastique du langage utilisé. Il ne faut pas nier son évolution. Le dernier ouvrage d’Eric Orsena, La fabrique des mots, dans son chapitre 14, « Où l’on reçoit de la visite, peut-être même des renforts, l’illustre parfaitement (lecture estivale:-)) [2]. Toutefois la diminution du nombre de mots utilisés entraîne une absence de réflexion du citoyen car le nombre d’outils mis à sa disposition pour exprimer sa pensée est d’autant plus réduit. Il insiste surtout sur la construction volontariste de cette régression.

Je cite l’ouvrage d’E.Orsena :

« Les bons dictionnaires racontent la vie de chaque mot….
- et avec tous ces mots, tu peux construire les histoires que tu veux. Comme un maçon.Tu imagines quelle maison folle il pourrait bâtir avec tant de briques. Les mots sont des briques, Jeanne, nos briques ! Les briques de nos phrases.Les briques de nos rêves. Les briques de notre fantaisie, les briques de notre espérance.

Logo du télécrochet  : Loft Story

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Tout en montrant les différentes censures auxquelles le citoyen est assujetti, l’auteur monde comment cette construction volontariste censure elle-même le citoyen. L’immédiateté cède la place à l’expérience. Le symbole disparaît au profit d’un « prêt à penser » élaboré savamment par ceux qui construisent une société où la réflexion et le recul n’ont plus leur place .

Cet opus est en conclusion, une alerte, où par le truchement du storytelling, le citoyen n’est plus acteur de la société mais consommateur des données qu’on lui donne au biberon.

Cédric Beucher

Bibliographie :

[1]
E. Orsenna, La fabrique des mots. Paris: Stock, 2013.
[2]
O. Zara, Réussir sa carrière grâce au personal branding: gérer son identité et sa réputation professionnelles. Paris: Eyrolles, 2009.


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