L’Immeuble Yacoubian d’Alaa al-Aswany

L’immeuble Yacoubian est un roman écrit en 2002 par Alaa El Aswany, son premier. Rapidement, ce livre devient un succès dans le monde arabe et il est rapidement traduit. Cet ouvrage a faut l’objet d’une adaptation cinématographique éponyme en 2006 réalisée par Marwan Hamed. Son adaptation rapide traduit sa popularité. L’immeuble Yacoubian est le parfait échantillon de la société égyptienne. Toutes les classes s’y retrouvent : des résidents bourgeois anciens ou parvenus aux locataires misérables vivant sur la terrasse de l’immeuble. C’est par cette variété que l’auteur illustre les mœurs de la société égyptienne de la seconde moitié du 20ème siècle (après la révolution de Nasser). Le roman se structure comme une saga autour de plusieurs personnages centraux. Leurs histoires structurent le texte. Le livre n’a pas réellement un fil conducteur. C’est par cette saga que l’auteur choisit les problèmes qu’il souhaite traiter.

Il y dépeint les relations entre les grands et les petits, les affaires de corruption pour ouvrir une affaire ou la « participation directe » des dirigeants de l’État dans ces mêmes affaires. Il évoque également le positionnement de la femme et son attitude « à tenir » face à la sexualité. Il parle de cette morale à géométrie variable qui amène dans certains cas à la réprobation ou parfois, quand nécessité fait loi, à une permissivité implicite extrême. L’homosexualité est également abordée. Cachée et réprouvée dans certains cas, elle est jugée permise ou tolérée si l’homosexuel occupe une place importante et fait vivre beaucoup de monde. Autre point intéressant : l’illustration des mouvements islamistes égyptiens et le cheminement d’un citoyen qui finira martyr. Son cheminement renvoie aux situations modernes dans lesquelles des personnes désœuvrées ou en échec peuvent se retrouver embrigadées.

Ces thèmes mettent en situation parfaitement la morale des sociétés méditerranéenness (et pas que…) et ses contradictions. Tout s’apprécie selon le contexte. L’auteur, par l’histoire de ses personnages, analyse avec finesse et justesse cette société. J’ai particulièrement apprécié ce point. Cette saga m’a renvoyé à une lecture plus ancienne : celle de cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, décédé récemment. Dans ce dernier ouvrage et dans un autre contexte, la saga des personnage, en l’absence d’une trame romanesque, se suffit à elle-même évolutions se suffisent à elles-mêmes. J’ai retrouvé cette sensation à la lecture de l’immeuble Yacoubian.

Je dirai pour conclure que l’immeuble Yacoubian ouvre avec finesse plusieurs fenêtres sur divers thèmes de société communs à toute la société arabe. Ne jugeant pas, l’auteur les décrit avec finesse tout en mettant en évidence leurs contradictions. La lecture de cet ouvrage conduit à une perception des mœurs des sociétés arabes, égyptiennes en particulier, et amène le lecteur à une meilleure compréhension des différences bordant les deux rives de la méditerranées.

Cédric BEUCHER


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