De l’art d’être parent aujourd’hui

De l’art d’être parent aujourd’hui. «Réflexions très courtes » de Cédric Beucher en vue de la préparation des documents établis dans les paroisses à la demande du Vatican pour le second synode sur la famille.

Je n’interrogerai pas le mot PARENT. Je livrerai simplement en quelques lignes mon sentiment et mon expérience de très très jeune parent sur la société actuelle. J’examine cette situation avec lucidité et réalisme pour éviter toute déconvenue.

Avoir un enfant est pour certain une grâce divine. Je n’en sais rien. Certes quand il est très attendu, il peut-être une grâce. Mais dans les autres cas… Rien ne prépare à l’expérience d’être parent. Ni la littérature en mont, ni celle en aval. C’est l’expérience du forgeron qui bâtit un parent. La parentalité est construite comme le dernier sanctuaire du bonheur moderne auquel il ne faut pas toucher. Tout le monde abonde de conseils mais chaque naissance est unique et chaque relation enfant / parent l’est aussi. La mièvrerie et les conseils de bon aloi sont les ennemis du jeune parent même si ceux qui les prodiguent ont de bonne intentions mais l’enfer en est pavé.

Être parent, c’est mourir pour renaître. Oublier le couple (pour un temps) et naître comme une famille. La recomposition (comme les nouvelles familles d’aujourd’hui) n’est pas forcément chose aisée. Le temps est le « notre meilleur ami » et les aides extérieures sont parfois les plus efficaces que celles intérieures (sa propre famille notamment : cf l’idée sur les conseils évoquée plus haut).

Avoir un enfant a une dimension symbolique forte. C’est changer d’étape et construire une relation longue et éprouvante. Construire avec de l’humain, c’est aussi accepter de lâcher prise. Et c’est éprouvant, voir angoissant, dans une société du contrôle perpétuel où l’excellence est érigée comme valeur suprême.

Je ne veux pas être destructeur mais lucide. Arrêtons d’enjoliver la natalité et la parentalité. Affirmons que c’est un état angoissant et éprouvant. C’est une fois cette base posée qu’il sera possible de construire des parents responsables et aimants envers leur descendance.

En effet, être parent, c’est accompagner. Être le tuteur, guider. Accepter que malgré toute l’instruction et l’éducation que l’on peut donner, l’enfant, l’adolescent puis l’adulte, est un sujet libre en devenir. Nous le sommes tous d’ailleurs jusqu’à notre mort. L’enfant peut tout à fait décider d’aller à l’encontre de tout ce que les parents lui auront transmis. Mais, in fine, si c’est son bonheur, acceptons le !

Pour conclure ces quelques « réflexions très courtes », je dirais qu’être parent n’est pas une sinécure. Faire des enfants ne doit pas être un acte de reproduction biologique ou sociale. Il faut être prêt pour soi, pour le couple et non pour les autres. L’autre (la famille) ne peut être aidant que s’il s’incorpore dans un processus de transmission. Le parent y trouvera alors une aide. Si non, mieux vaut que la famille reste éloignée. C’est une aventure, un marathon humain (encore que la marathon ait une distance limitée : 42 kms et des poussières). Être parent, c’est prendre un chemin dont on ignore la distance à parcourir et où se trouve l’arrivée (même si les outils de guidage peuvent être puissants).

Cédric Beucher


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