Archive pour janvier 2013

La Fabrique du Crétin : La Mort Programmée de l’école de Jean-Paul Brighelli

Mercredi 2 janvier 2013

La rentrée scolaire traduit la fin de l’été. Tous les médias nous assènent en ce début du mois de septembre de tous les sujets possibles et inimaginables sur l’école : son rythme, la gestion du stress des élèves, etc.

J’avais envie ici d’évoquer dans cette période une lecture estivale (réalisée pendant les vacances) d’un essai de Jean-Paul Brighelli intitulé : la Fabrique du Crétin : la mort programmée de l’école. Fréquemment, il est coutume de dire que le système scolaire français est mauvais. Cette affirmation est prouvée dans les enquêtes internationales notamment l’enquête PISA réalisée par l’OCDE. Cet essai montre de manière réfléchie que le système n’est pas le coupable. Il est un outil. Ceux qui le manient depuis une trentaine d’année le démontent sciemment pour produire un peuple où la critique est nulle. C’est un argumentaire dénonçant l’ensemble des mesures successives qui ont conduit l’école dans sa situation et surtout que c’est une démarche consciente et volontaire d’abrutissement de la population.

L’auteur, Normalien et agrégé de Lettres, est lui même un acteur du système. Il parle donc en connaissance de cause. Il détermine quelques grands thèmes macro et micro, fondements de son raisonnement :

Les causes exogènes :

  • une élite dirigeante désirant des individus simples à manipuler. C’est bien connu ! Plus le peuple est instruit, plus il prend en main son destin,
  • un marché économique ne voulant pas d’une main d’œuvre qualifiée mais spécialisée, des travailleurs sans conscience sociale où la revendication est inexistante,
  • le lobbying des industriels auprès des autorités scolaires en insistant sur l’intérêt (pédagogique) mercantile de tel outil dans l’apprentissage,

Les causes endogènes :

  • la ghettoïsation et l’absence d’élévation de niveau dans les établissements localisés dans les zones difficiles (étude de la culture de sa cité par exemple, où sont les penseurs ou les grands classiques de la littérature) ?
  • une pédagogie plaçant l’enfant au centre de son apprentissage, l’enseignant n’étant qu’un accompagnant ou un guide (lire à ce sujet l’ouvrage de Rachel Boutonnet : journal d’une professeure clandestine précédemment commenté dans le blog),
  • la « technicisation » des savoirs où les concepts deviennent des mots abscons pour le commun des mortels,
  • l’apparition de disciplines rendues obligatoires pour lesquelles les enseignants ne sont pas formés,
  • la massification de l’accès aux diplômes : 80% d’une classe d’âge au bac et plus récemment 50% d’une classe d’âge au niveau licence (plan Pécresse),
  • Mise en place du socle commun de connaissances et  de compétences où le savoir n’est plus noté mais les compétences,
  • les sorties, objets de mode dans et entre les établissements (dévoreuse de temps à organiser) et où les responsabilités reposant sur les accompagnants deviennent accablantes (exemple : autorisation parentale requise pour mettre de la Biaphine à un enfant atteint d’un coup de soleil, etc.),

Chaque item fait l’objet d’une mise en situation et est argumenté de manière efficace avec des exemples concrets. L’auteur invite les penseurs et les acteurs du système  « à un retour en arrière » non emprunt d’une nostalgie passée ou réactionnaire mais simplement à des méthodes efficaces et éprouvées qui dans le passé ont donné de bons résultats.

Conclusion : son essai dévoile les causes endogènes et exogènes de l’état actuel de l’école. Au lieu d’être un réquisitoire à charge, il diagnostique les cause de cet échec pour mieux les résoudre. En bref, il ne s’agit pas d’un énième ouvrage réactionnaire mai d’une mise en exergue des raisons pour inviter les concepteurs du système éducatif (ensemble de tous les acteurs) à réfléchir à une école qui n’oublie aucun de ses usagers.


Cédric Beucher

Le noeud de vipères de François Mauriac

Mercredi 2 janvier 2013

François Mauriac, dans son Nœud de Vipères, nous livre la confession d’un patriarche avar – Louis – d’une famille bourgeoise de la belle époque. Il, à l’aube de sa mort, écrit une confession – un journal intime de sa vie ? - y décrivant tous les stratagèmes pour déshériter ses enfants. L’argent est l’élément catalyseur. Il y est dépeint surtout les relations humaines entre ce vieillard, sa femme et sa descendance.

François Mauriac, avec un style percutant, dépouille de manière acide les sentiments de ses protagonistes : l’avarice de Louis, son machiavélisme et celui de ses enfants, la religion (alibi obligé et garant d’une respectabilité). Il parle de « devoirs » et « d’obligations ». D’autres y verront un refuge face aux difficultés de la vie (abandon, décès, etc.). Le silence où l’amour est oublié au profit d’une vénalité. Ce silence où rien ne se dit : aucun sentiment ne se partage. Et pourtant l’amour se fraye un passage dans le cœur de Louis, ce nœud de vipères, vers un neveu et fils illégitime qui, il l’espère, rachètera la conduite de ses enfants.

La fin du livre montre le revirement de Louis. Ses enfants, Louis et Geneviève, héritent ou plutôt leur père capitule et abandonne la fortune familiale, fruit d’un labeur savamment acquis. Si certains y verraient la grâce tombant comme une auréole sur Louis, ses enfants s’interrogent si cela n’est pas l’ultime stratagème d’un vieillard mourant. La toute fin du livre est un échange de correspondance entre les deux enfants : Louis et Geneviève. Louis découvre la confession intime de son père et l’envoie à sa sœur comme témoignage de la cruauté de son père et de l’image de ces enfants.

Ce roman narre tout simplement l’homme avec ses faiblesses. Dans un roman court, l’auteur nous renvoie notre propre image sans aucune déformation : noire, acide et profondément vraie. Son style m’a transporté et est une invitation à lire son roman d’une traite. J’apprécie cette description sombre de l’homme souvent cachée ou déformée dans nos sociétés (il rejoint la perception d’Emil Cioran sur l’homme) . Il a l’intensité des luttes que l’on peut voir entre des enfants quand des parents disparaissent. L’héritage devient l’élément catalyseur. Les vraies personnalités émergent. Et la nature reprend ses droits !

Le Noeud de Vipères est profondément français, humain et moderne.


Cédric Beucher